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Benjamin Plateau · 5 min · Dernière mise à jour le

Résumé de l’article
La faute de gestion correspond à un manquement du dirigeant dans l'administration de son entreprise, apprécié au cas par cas par les tribunaux.
Elle peut résulter de décisions ou d'omissions graves, comme l'absence de comptabilité, le retard dans la déclaration de cessation des paiements ou la poursuite d'une activité déficitaire.
Les dirigeants de sociétés peuvent voir leur responsabilité engagée si leur faute a contribué aux difficultés financières de l'entreprise.
Les sanctions vont du comblement de passif à l'interdiction de gérer, voire à des poursuites pénales en cas de fraude caractérisée.
L'action en responsabilité est soumise à un délai de prescription de trois ans à compter de la décision de justice prévue par le Code de commerce.
Faute de gestion : une simple erreur peut-elle engager la responsabilité d'un dirigeant ? Dans certaines situations, une mauvaise décision ou un manquement aux obligations légales peut avoir de lourdes conséquences, notamment en cas de difficultés financières de l'entreprise. Il n'est pourtant pas toujours facile de distinguer une faute de gestion d'une simple erreur de management ou d'un acte frauduleux.
Dans cet article, vous découvrirez ce qu'est une faute de gestion, les situations dans lesquelles elle peut être retenue, les sanctions encourues et les moyens de s'en prémunir.
Le Code de commerce n'en donne pas de définition précise et fermée. C'est la jurisprudence qui a progressivement dessiné les contours de cette notion, au fil des décisions rendues en matière de procédures collectives. L'article L651-2 du Code de commerce encadre la responsabilité des dirigeants en cas de liquidation judiciaire faisant apparaître une insuffisance d'actif. Ce texte précise toutefois que la simple négligence du dirigeant ne peut, à elle seule, engager sa responsabilité au titre de l'insuffisance d'actif, ce qui distingue clairement les fautes graves des erreurs de gestion ordinaires.
Dans la pratique, les tribunaux retiennent des critères comme la poursuite d'une activité déficitaire sans mesures correctives, l'absence de déclaration de cessation des paiements (ou "dépôt de bilan") dans les délais, ou encore le non-respect des obligations comptables et sociales de l'entreprise.
Ces deux notions sont souvent confondues, mais elles n'ont pas la même nature. La faute de gestion relève d'une mauvaise administration de l'entreprise, sans intention frauduleuse nécessaire. Le détournement, lui, suppose une appropriation volontaire de biens ou de fonds appartenant à la société, ce qui relève d'une intention malhonnête et peut basculer vers des qualifications pénales comme l'abus de biens sociaux.
💡 À savoir : un dirigeant peut commettre une faute de gestion sans jamais avoir eu l'intention de nuire à son entreprise. C'est l'appréciation de la gravité et des conséquences de l'acte qui détermine la qualification retenue par le juge.
Plusieurs situations concrètes illustrent la faute de gestion. On retrouve fréquemment :
la poursuite d'une activité structurellement déficitaire sans réaction du dirigeant,
le défaut de tenue d'une comptabilité régulière,
le paiement préférentiel de certains créanciers au détriment des autres,
l'absence de suivi de la trésorerie et des échéances fiscales et sociales.
Les signes avant-coureurs d'une mauvaise gestion incluent des retards répétés dans le paiement des cotisations, une trésorerie durablement négative, ou une confusion entre le patrimoine personnel du dirigeant et celui de l'entreprise. Ces signaux, pris isolément, ne constituent pas automatiquement une faute, mais leur accumulation est souvent examinée de près par les tribunaux en cas de procédure collective.
Que l'on soit dirigeant de droit, officiellement nommé, ou dirigeant de fait, exerçant un pouvoir de décision sans mandat formel, la responsabilité pour faute de gestion peut être engagée. Cette règle s'applique aux gérants de SARL, aux présidents de SAS et de SASU, ainsi qu'aux dirigeants de sociétés civiles.
💡 À savoir : en cas de pluralité de dirigeants, le tribunal peut condamner solidairement tous ceux ayant contribué à la faute, ou seulement certains d'entre eux, selon leur implication réelle dans la décision fautive.
L'article L651-2 du Code de commerce ne s'applique en principe pas aux entrepreneurs individuels classiques, réservant l'action en insuffisance d'actif aux dirigeants de personnes morales. La situation diffère toutefois pour l'entrepreneur individuel dont le patrimoine professionnel est distinct, pour lequel une condamnation reste possible sur son patrimoine non affecté à l'activité.
C'est au demandeur, souvent le liquidateur judiciaire ou le mandataire, qu'il revient d'apporter la preuve de la faute de gestion, du préjudice subi par l'entreprise et du lien de causalité entre les deux. Cette preuve s'appuie généralement sur les documents comptables, les procès-verbaux d'assemblée, les échanges de correspondance ou les rapports d'expertise judiciaire.
L'action se matérialise par une assignation devant le tribunal de commerce, dans le cadre d'une procédure de liquidation ou de redressement judiciaire. Le dirigeant visé peut alors se défendre en démontrant qu'il a apporté à la gestion toute la diligence nécessaire compte tenu du contexte économique de l'entreprise.
La sanction principale reste l'action en comblement de passif, prévue à l'article L651-2 du Code de commerce. Le tribunal peut condamner le dirigeant fautif à supporter tout ou partie de l'insuffisance d'actif de la société sur son patrimoine personnel. D'autres sanctions civiles existent également, comme l'interdiction de gérer, qui empêche le dirigeant de diriger, gérer ou contrôler une entreprise pendant une durée déterminée par le juge.
Lorsque la faute de gestion s'accompagne d'actes frauduleux caractérisés, comme la dissimulation d'actifs ou la tenue d'une comptabilité fictive, elle peut basculer vers le délit de banqueroute. Ce délit, prévu par l'article L654-3 du Code de commerce, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende, des peines qui peuvent s'accompagner de sanctions complémentaires comme l'interdiction d'exercer une activité commerciale.
💡 À savoir : contrairement à la faute de gestion civile, la banqueroute suppose une intention frauduleuse et ne peut être retenue qu'en présence d'une procédure collective ouverte.
L'action en responsabilité pour insuffisance d'actif se prescrit par trois ans à compter du jugement qui arrête le plan de redressement, ou à défaut, du jugement prononçant la liquidation judiciaire. Passé ce délai, le liquidateur ou le mandataire ne peut plus engager l'action contre le dirigeant, ce qui rend le respect de ce délai déterminant dans la stratégie du mandataire judiciaire.
Rédigé par :
Fort de 8 ans d’expérience en gestion comptable et management, Benjamin partage sa vision opérationnelle pour optimiser les processus et la performance des organisations.
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